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Unitech : Un collectif d’élus demande plus de transparence

« Je ne suis pas un militant, ni un anti nucléaire. Mais en tant que maire de ma commune, je veux des garanties. Mon rôle c’est de protéger ma population ! », nous affirme d’emblée Laurent Bouquet, maire d’Arrigny dans la Marne. Le ton est donné. Les élus qui se retrouvent dans les rangs du collectif contre Unitech sont sceptiques quant aux garanties énoncées par le rapport d’expert. Au total, ils sont une petite dizaine. Parmi eux Jean-Pierre Calabraise, le maire de Giffaumont, est très inquiet des retombées que pourrait avoir Unitech sur le tourisme du lac du Der. Pour l’heure, Vitry-le-François n’a pas pris parti, mais connaissant les ambitions écologiques de la ville, cela ne devrait pas tarder. D’autant plus que sur les réseaux sociaux, la page « Fier d’être vitryat » qui représente la majorité politique de Jean-Pierre Bouquet, le maire de la cité rose a déjà évoqué son soutien au collectif contre Unitech.

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Laurent Bouquet et Jean-Pierre Calabraise veulent faire jouer le poids de leur écharpe tricolore.
Crédit photo : Lisa Lamorlette / Puissance Télévision

Des élus pas vraiment convaincus

Dans le rapport final, on peut notamment lire que l’Agence Régionale de Santé (ARS) déplore que l’ingestion de poissons puisse se faire « seulement durant six mois de l’année », que la « contamination des poissons via la chaîne alimentaire » n’a pas été prise en compte, ou encore que les « retombées directes de polluants sur les parties aériennes des végétaux » non plus. Pourtant, l’ARS émet finalement un avis favorable sur le plan sanitaire, sous réserve de quelques éléments complémentaires.
Un discours très peu convaincant pour Laurent Bouquet qui estime qu’« en lisant les conclusions de l’ARS, chaque élu devrait voir qu’il y a un problème. »

Les élus regrettent donc le peu de garanties et le manque de communication d’Unitech, qui ne les a, pour l’instant, pas contactés.

La poussée verte

Au lendemain des élections municipales, il était aisé de faire le constat suivant : il existe bel et bien une préoccupation écologique forte à en voir l’arrivée de nouveaux maires aux ambitions écolos très prononcées. Et même pour ceux d’autres horizons, le volet « préservation de l’environnement » était bien présent dans leurs programmes. Pour l’heure, il reste à voir s’il s’agit là de surfer sur une tendance qui séduit les électeurs ou de défendre de réelles convictions.

En tout cas, il est clair que l’écologie bénéficie de plus en plus de crédit. Pour reprendre la formule de Chirac à Johannesbourg, « notre maison brûle » et l’on s’en rend finalement compte.
Depuis 2019, les arbres ont des droits en France. Les sanctions octroyées aux pollueurs seront donc probablement plus sévères dans les prochaines décennies. « Qui nous dit que demain les crimes d’écocides ne seront pas normés ? On devra répondre de nos actes. », s’interroge Laurent Bouquet.

Unitech, une affaire d’argent pour les communes ?

Est-ce que la Haute-Marne et ses voisins marnais et meusiens pourront toujours prétendre être des départements nature après l’arrivée d’Unitech ? Pour les élus défavorables au projet, il est clair que le tourisme va « prendre un coup ».

Mais alors, pourquoi certains élus sont-ils favorables ou silencieux ? L’argument principal c’est l’emploi. Michel Boulet, le maire de Suzannecourt a voté pour. Il y a quelques semaines, il confiait à notre micro avoir déjà « une dizaine de personnes » dans sa commune qui avait « postulé pour avoir un emploi chez Unitech. »  Mais pour les élus opposés au projet, l’argument n’est pas très audible. Ils rétorquent que « le lac du Der c’est 700 emplois, alors qu’Unitech en promet seulement 40, et pas tous à temps plein. »

En plus de ces emplois, l’implantation de l’entreprise américaine sera accompagnée « de mesures de compensation » selon le collectif. Ce qui laisse donc présager de nouvelles perspectives de développement économique pour le territoire. Pour le maire d’Arrigny, il faut choisir son camp, « soit on choisit un développement économique au prix de la destruction d’un tissu économique basé sur le tourisme et au passage on détruit la biodiversité et l’environnement ou alors on choisit la solution de ne pas prendre le risque de s’engager dans ce sens. »

Le poids de l’écharpe tricolore

Cette petite assemblée de maire compte bien s’agrandir. « On va solliciter d’autres collègues élus en envoyant des courriers à ceux de la communauté de communes Perthois Bocage et Der, mais aussi à tous les élus bordés par la Marne. On ira dans l’Aine et jusque dans le 77. »

En parlant de communes traversées par la Marne, à Saint-Dizier, le nouveau maire Quentin Brière ne s’est pas clairement prononcé, malgré les sollicitations de l’association Belles forêts sur Marne et de l’opposition. « J’aimerais bien en discuter avec lui », indique Laurent Bouquet avant d’ajouter « nous sommes tous les deux avocats et de la même génération, on devrait avoir des sensibilités communes. »

 

Associations, élus et habitants sont déterminés à travailler ensemble pour obtenir des réponses à leurs interrogations.
Crédit photo : Lisa Lamorlette / Puissance TV

 

Mais est-ce que ces maires peuvent peser dans la balance ? D’abord, il est clair qu’ils ne risquent rien. Ils ne seront pas condamnés pour avoir pris position. Et du côté de Michel Labouille, porte-parole du collectif contre Unitech, « le soutien des élus prouve que la cause est légitime. » D’autant plus que leur avocate, Corinne Lepage, estime que le collège des maires a « une importance et une influence. »

 

 Reportage du 11 juin 2020 : Le projet Unitech autorisé par la préfète de Haute-Marne

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